VOODOO PEOPLE (Bénin)

CARNET DE VOYAGE

Quitter Cotonou au plus vite… La pollution et le bruit pétaradant des zems, ces innombrables motos-taxis qui peuplent la capitale économique du Bénin, auront eu raison de ma patience. Je prends donc le premier minibus qui m’emmène à Porto Novo, certes écrasé par les mamas qui viennent d’envahir le siège… mais heureux. Heureux d’avoir quitté le nuage gris et nauséabond de Cotonou.

La ville de Porto-Novo, nommée par les Portugais, est l’opposée de sa grande sœur. Le calme y règne en ce dimanche de saison des pluies. La vieille ville coloniale semble même endormie. Les nuances d’ocre et de brun dominent la ville, tant sur les façades des bâtiments défraîchies que sur les routes de latérite.

Au détour d’une rue, le calme se dissipe soudain : je demande à un groupe de jeunes les raisons de cet attroupement sur la place voisine. Cérémonie vaudou. Le mot est lancé. Mes yeux s’écarquillent. Mes nouveaux amis m’invitent à assister à la cérémonie qui doit commencer dans une trentaine de minutes. Curieux de nature, j’accepte sans aucune hésitation. Déjà, les esprits s’échauffent : la bière ou les alcools locaux ont sûrement leur part de responsabilité vu l’haleine chargée de certains passants. Je suis le seul blanc du coin…. J’ai le privilège d’être installé sur un banc aux premières loges. Les habitants du quartier envahissent petit à petit les contours de la place, laissant un vaste espace central pour la cérémonie vaudou. L’ambiance est déjà électrique.

Je ne comprends presque rien du vaudou. Non pas par désintérêt mais le grand écart culturel est total pour quelqu’un de rationnel et athée comme moi. Ce culte animiste est originaire du Bénin, plus précisément du célèbre Royaume de Dahomey, et s’est développé dans la région à partir du XVIIème siècle. Il s’est dispersé par la suite avec les migrations forcées des esclaves d’Afrique dans les Caraïbes et en Amérique du Sud. Aujourd’hui encore, cette pratique religieuse reste très présente au Bénin. Les divinités vaudou font à la fois référence aux forces de la nature, mais également à des entités surnaturelles.

La tension est palpable. Les musiciens, en costumes colorés, commencent à rythmer la cérémonie. Un premier personnage entre en scène et danse dans l’espace central. Je bascule dans un autre monde. Il est habillé de vêtements chatoyants rouges et verts, et d’une longue traine quasi-royale.  Il porte également un masque avec de proéminentes cornes de zébus. Les visages dans l’assistance se crispent. Certains jeunes enfants pleurent. Soudain, le rythme s’accélère : le personnage fonce littéralement dans la foule. Il arrive vers nous. La peur envahit mes voisins (et moi-même par la même occasion). La foule recule, les deux rangées de bancs tombent à la renverse comme des dominos. Je me retrouve allongé dans la poussière, essayant de récupérer mon appareil photo qui a valdingué dans la chute avant qu’une sandale ne le piétine. Ouf, pas de casse. Mes nouveaux amis me proposent d’assister à la cérémonie près d’une grand-mère, assise sur les marches d’une maison. Armée de son bâton, ce petit bout de femme maigrichonne et ridée fait régner sa loi dans l’assistance proche. Elle sera mon ange gardien pour le reste de la cérémonie. Les esprits s’échauffent, les cris fusent dans l’assistance. D’autres personnages colorés entrent tour à tour en scène. Leurs lourds habits sont chatoyants et ressemblent parfois à des cottes de mailles des temps modernes. Certains hommes valeureux de l’assistance vont les provoquer, armés de bâtons de bois. La cérémonie tourne à la corrida, version africaine. Le spectacle est d’une beauté remarquable. D’autres divinités arrivent en scène avec des imposantes tuniques rouge, ocre ou verte autour du cou. La rotation de ces vêtements autour de leur corps en transe forme de splendides cercles colorés. Les personnages s’approchent, s’entrechoquent, s’écartent, reviennent à la charge. Oui, cette cérémonie vaudou est violente. J’ai parfois l’impression d’assister à un spectacle de gladiateurs dans un amphithéâtre romain. Alors que la tension monte encore d’un cran, mes amis me conseille de quitter la cérémonie. On parvient à se frayer un chemin à travers la foule transpirante et excitée.

A quelques centaines de mètres de cette place, Porto Novo retrouve son calme. Le contraste avec la furie de cette place est saisissant et troublant. Je reprends mes esprits et rebascule dans la « vraie » vie. Je quitte mes amis en les remerciant, sans avoir la possibilité de leur demander des explications sur la signification de la cérémonie que je viens de voir : ils ont déjà repris la direction de la place, comme attirés par un aimant. Je pars, le sourire aux lèvres, le cœur encore palpitant et les yeux mydriatiques. Comprendre le vaudou est resté une vaine quête, mais, déjà, des flashs de cette cérémonie incroyable se bousculent dans ma tête.

GALERIE

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